L'affaire DSK sous le regard des astres


Elizabeth Tessier prévoyait l’année dernière, dans un grand hebdomadaire, que « 2011 serait pour DSK une année géniale et qu’à 62 ans, c’était l’année de sa vie ». Quand on sait ce qui s’est produit le 14 mai dernier, la prédiction de la « grande dame de l’astrologie française » constitue un cadeau inespéré pour nos détracteurs. On relève au moins deux facteurs pour expliquer ce ratage exemplaire.

Le premier, c’est que dans l’esprit du grand public E. Tessier incarne la seule référence en matière d’astrologie. Par conséquent, si elle se trompe à ce point, c’est que l’astrologie n’est pas fiable. Pourtant, d’autres astrologues plus ou moins médiatiques, dont Christine Haas, avaient annoncé que DSK ne se présenterait pas.

Le deuxième, c’est que l’astrologie est une science infiniment complexe et subtile et qu’il ne suffit pas de tenir compte d’une configuration immédiatement visible pour faire une prévision réussie. Effectivement, à première vue l’année 2011 se présentait sous les meilleurs auspices si l’on ne prenait en considération qu’un seul facteur, en l’occurrence le passage de Jupiter sur les points les plus saillants du thème de DSK liés à sa carrière. Mais le fait est qu’il y en avait d’autres, sans doute moins flagrants mais néanmoins aisément identifiables, qui annonçaient précisément le contraire, ou tout au moins qui mettaient en évidence des risques d’empêchement. De quelles configurations s’agissait-il ? Entre autre du passage d’Uranus sur la Lune de naissance, alors que ce même Uranus présentait dans le thème natal un risque d’événement soudain vécu comme une épreuve ou un accident, de coup de tonnerre, pour reprendre l’expression employée par les médias pour qualifier la chute de DSK. Or, le passage d’Uranus se produisait avant celui de Jupiter. En d’autres termes, un train peut en cacher un autre, et c’est précisément ce que Mme Tessier n’a pas pris la peine de voir alors que d’autres astrologues l’ont fait.

L’affaire ne se résume donc pas à « un pour ou contre l’astrologie », à un jugement à l’emporte-pièce quant à la valeur d’une discipline dont l’âge respectable — 2 000 ans au moins — devrait inspirer un certain respect. La question essentielle porte en réalité sur la compétence de l’astrologue et sur l’indispensable travail d’analyse préalable à toute interprétation, lequel se situe aux antipodes des horoscopes des journaux. Non, l’astrologue ne juge pas de l’avenir en jetant un coup d’œil négligent sur le thème astral d’une célébrité. Ce n’est qu’après avoir analysé, comparé et relativisé un grand nombre de facteurs qu’il se prononcera. C’est du moins ce qu’il est censé faire, tout en reconnaissant qu’en matière prévisionnelle il existe un risque d’erreur correspondant à la complexité des facteurs pris en compte et à l’infinité des possibles.

Pour en venir à DSK lui-même, comment l’astrologie rend-elle compte de ce qui a pu conduire à une chute aussi brutale pour des raisons aussi triviales ? On a répété à l’envi que DSK est natif du Taureau, un signe lié aux appétits et au désir de possession. Certes, ceci illustre sa sensualité effrénée et son intérêt pour l’argent et l’économie. Mais ce simple trait ne suffit pas, loin de là, à expliquer son comportement.

Il faut tenir compte également de l’Ascendant Lion, qui confère au sujet un fort besoin de reconnaissance. Celui-ci peut s’accompagner d’un sentiment de supériorité, comme si on appartenait à une élite, ainsi que du goût du luxe (le désir de ce qu’il y a de mieux) et de l’argent (qui permet de se l’offrir). Ce trait se trouve renforcé ici par le fait que le Soleil, astre associé au signe du Lion, se trouve proche du zénith, le lieu de la réussite et du pouvoir. De ce fait, l’importance du Soleil a pu donner à DSK une psychologie d’ « enfant roi » qui n’admet pas qu’on puisse mettre une limite à son ambition et à ses appétits sensuels (Vénus se trouve à côté du Soleil dans le signe du Taureau).

Mais si ces traits évoquent les feux de la réussite, la présence de Pluton dans le signe du Lion, non loin de l’Ascendant, montre un autre aspect beaucoup plus ténébreux et secret. En effet, Pluton, dieu du monde souterrain dans la mythologie latine, est associé à la part d’ombre que chacun porte en soi. Lié aux pulsions et aux instincts venus des profondeurs de la psyché (sexualité, pouvoir, angoisse, autodestruction), il exerce chez les individus concernés par son influence une emprise aussi invisible que puissante, laquelle, quand on la laisse grandir, en vient à rivaliser avec la volonté. Le sujet se trouve alors de plus en plus gouverné malgré lui par des désirs que par ailleurs son sens moral réprouve et pour la satisfaction desquels il cherchera à négocier. La sensualité du Taureau se mue alors en désir frénétique de jouissance, tandis qu’augmente l’angoisse qui résulte de l’antagonisme entre les parts d’ombre et de lumière.
Il ne fait guère de doute que l’angoisse constitue une composante majeure de la personnalité de DSK. Comme il l’a écrit lui-même, sa vie s’est arrêtée lorsqu’une grande partie de son entourage a disparu dans le tremblement de terre d’Agadir alors qu’il avait 11 ans. Par ailleurs, il est né peu après la Deuxième guerre mondiale dans une famille juive et l’on sait combien cette génération est marquée par la Shoah et l’angoisse qui en résulte. Sans doute est-ce en raison de cette lutte entre pulsion de vie et pulsion de mort que DSK consacre beaucoup de ses loisirs à jouer aux échecs, là où s’affrontent le blanc et le noir à l’image du bien et du mal, l’intelligence pouvant se mettre indifféremment au service de l’un ou de l’autre. Parvenu au seuil du pouvoir suprême, la présidence de la République, ce sont les forces obscures qui l’ont emporté sur sa volonté et son ambition. Le pion noir a mis le roi blanc échec et mat sous l’effet d’une pulsion sexuelle qui doit être comprise aussi comme autodestructrice. Le 14 mai dernier, Pluton envoyait une dissonance majeure (un angle de 90°) sur le zénith de son thème natal et mettait un point d’orgue à sa carrière.

Le thème de DSK révèle cependant une autre composante de sa personnalité, à savoir son rapport aux femmes, ou plutôt à la femme. Deux symboles de la féminité, la Lune et la Lune noire, également appelée Lilith, s’y retrouvent côte à côte. Si la Lune évoque l’image de la mère et de l’épouse, la Lune noire représente la femme fatale à la fois désirée et rejetée, séductrice et mortifère, rebelle et castratrice. De fait, Lilith est un symbole tiré de la mythologie juive : parfois représentée sous les traits d’une prostituée, elle était supposée violer les hommes pendant leur sommeil pour s’emparer de leur semence et enfanter des démons… Ainsi, la juxtaposition de ces deux figures archétypales est-elle à l’image de son vécu : à côté de la femme protectrice (en l’occurrence Anne Sinclair, native du Cancer, signe de la Lune) qui pourra jouer aussi un rôle maternel, se tient celle que l’on séduit et que l’on rejette, que l’on désire et que l’on méprise, voire que l’on maltraite. D’un point de vue psychologique, ce trait est caractéristique de l’enfant roi qui tend à faire de sa mère sa chose et qui, devenu adulte, adopte vis-à-vis de la femme une conduite abusive. Le 14 mai dernier, La Lune noire venait de repasser sur sa position de naissance (son cycle est de 9 ans environ) et s’approchait du zénith, en même temps qu’Uranus, qui désigne la foudre, arrivait sur la Lune de naissance.
Comme on le voit, il existe effectivement deux faces chez DSK, celle de la lumière symbolisée par le Soleil et la Lune, et celle de l’ombre symbolisée par Pluton et la Lune noire. Dès 2008 et encore en février dernier, des journalistes l’appelaient Docteur Strauss et Mister Kahn…

Quant au passage de Jupiter, qui faisait dire à Elisabeth Tessier que l’année 2011 serait exceptionnelle, que peut-il en attendre ? S’agissant d’un astre magnanime et dévolu aux affaires judiciaires dans son thème natal, on peut supposer que DSK s’en sortira sans trop de dommages, probablement grâce à un revirement inattendu, comme par exemple une inflexion du témoignage de la victime.